Le réemploi au cœur de la stratégie de Valdelia, éco-organisme agréé par le gouvernement

Le réemploi au cœur de la stratégie de Valdelia,  éco-organisme agréé par le gouvernement

 

La nouvelle est tombée au mois d’octobre 2022 : 4 éco-organismes ont été agréés par le gouvernement pour lancer une nouvelle filière à responsabilité élargie du producteur, dite REP, dans le but d’organiser la collecte et le recyclage des déchets du bâtiment. Parmi eux, l’éco-organisme Valdelia, qui gère déjà depuis 10 ans la filière REP des mobiliers professionnels. Entretien avec Arnaud Humbert-Droz, le Président exécutif de l’éco-organisme à but non-lucratif, pour comprendre la stratégie de Valdelia et l’importance capitale du réemploi pour la REP Bâtiment. 

Valdelia œuvre au quotidien pour le réemploi et le recyclage des mobiliers professionnels. Est-ce une pratique qui est suffisamment développée dans le secteur du bâtiment à vos yeux ? 

Certaines pratiques sont déjà existantes, à conserver et à encourager, mais elles concernent majoritairement les déchets inertes, comme par exemple le béton, les tuiles, les briques, etc. (en résumé les fractions minérales). En revanche, sur la partie des déchets non inertes (plâtre, plastiques, verre, laines minérales, menuiseries, etc.), le réemploi et le recyclage ne sont malheureusement pas encore assez développés et doivent être poursuivies et approfondies. Cela est dû en partie à certaines normes règlementaires qui ne sont pas encore (ou peu) applicables au réemploi, mais les choses commencent à évoluer. Aussi, un changement de logique des acteurs du bâtiment doit s’effectuer pour s’engager dans une démarche de réemploi, en commençant par exemple par faire de la déconstruction sélective. Aujourd’hui, le mot d’ordre pour les démolisseurs est de « faire vite et pas cher », et nous souhaitons inverser cette tendance. Ainsi, les matériaux ou éléments de construction qui pourront être utilisés de nouveau sur des chantiers de construction, peuvent être qualifiés de « mine urbaine », et ainsi envisagés comme une ressource potentielle et donc être réemployés. 

Quels canaux de collecte privilégiez-vous aujourd’hui et pourquoi ? 

Depuis sa création, Valdelia est un éco-organisme opérationnel, par opposition à un éco-organisme financier. C’est-à dire que nous collectons une éco-contribution sur le prix de vente de mobiliers neufs, qui permet de financer la collecte et le traitement de ces mêmes produits en fin de vie. Ce sont les équipes de Valdelia, en interne, qui supervisent depuis 10 ans toutes les collectes sur chantier et l’acheminement des déchets vers les centres de traitement, sur les territoires ultra-marins et national. De même, nous avons tissé de nombreux partenariats avec les entreprises de l’économie sociale et solidaire, afin de favoriser le réemploi et la réutilisation. Nous comptons appliquer ce modèle éprouvé à la REP Bâtiment et collecter des produits et matériaux de construction (PMCB) directement sur chantier, dès 2023.

Nous considérons véritablement la mise en place de cette nouvelle filière comme une réponse à l’urgence économique, sociale et écologique. Le sujet du réemploi et de la réutilisation dans ce domaine est crucial, d’une part pour faire fonctionner l’économie circulaire et répondre aux enjeux environnementaux, mais aussi d’un point de vue sociétal : en créant de l’emploi ou en réinsérant des personnes éloignées du marché du travail. Enfin, notre souhait est de faire des metteurs sur le marché de PMCB (qui sont nos adhérents, ndlr) non pas de simples contributeurs, mais de vrais acteurs de l’économie circulaire dans sa globalité. En développant à la fois l’intégration de matières recyclées dans la fabrication de leurs produits, mais aussi en les aidant au développement de la réparation à rebours de la démarche d’obsolescence programmée, du réemploi, de l’économie de la fonctionnalité ou encore de l’éco-conception.

 

Quels sont, selon vous, les principaux obstacles au déploiement à large échelle du réemploi ? 

Le principal frein est réglementaire, en particulier au niveau de la certification des produits et par rapport aux questions assurantielles. Nous travaillons donc avec des centres techniques tels que le FCBA (Forêt Cellulose Bois-construction Ameublement) ou le CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment) sur ces thématiques afin d’avancer ensemble sur cette matière en progression. Je pense que l’ensemble des acteurs finiront par se mobiliser pour bâtir des constructions à partir de matériaux de réemploi et de réutilisation. Les mentalités ont fortement changé et c’est positif, mais cela prend beaucoup de temps de faire évoluer les normes. 

Dans le bâtiment, quelles sont les filières de remploi de matériaux actuellement les plus opérationnelles et celles sur lesquelles il faut encore fournir des efforts ? 

Nous réalisons actuellement des audits, notamment une étude avec ESS France sur trois régions pour faire un bilan des capacités déployées sur les territoires. Certaines familles de matériaux y sont déjà dans une dynamique de réemploi : la ferraille, le bois, les menuiseries et les huisseries, par exemple. 

Valdelia existe depuis 10 ans. Avez-vous des chiffres à nous communiquer quant aux effets de vos actions ? 

Sur la partie « mobiliers professionnels », pour le moment : 

  • Notre taux de réemploi et de réutilisation s’élève à 66% en 2021 (sur la base des déclarations de nos partenaires ESS conventionnés Valdelia). Nous avons compté 614 opérations de réutilisation en 2021, contre 121 en 2018. 
  • En 2021, plus de 3 500 tonnes collectées ont été déclarées en vue d’être réemployées ou réutilisées par les 216 partenaires de l’économie sociale et solidaire (ESS) de Valdelia.

 

Quels axes privilégiez-vous pour améliorer la gestion de la fin de vie des produits et matériaux de construction du secteur du bâtiment ? La REP est-elle selon vous un bon moyen d’y parvenir ? 

La REP est une nouvelle positive pour plusieurs raisons. Déjà, elle permet de s’attaquer et de répondre au problème de la pollution des déchets du bâtiment, en suscitant l’intérêt du plus grand nombre. Elle agit comme un accélérateur des bonnes pratiques en impliquant les fabricants et distributeurs de produits et matériaux de construction du bâtiment (PMCB) dès le départ. 

D’un autre côté, cette nouvelle REP (née grâce à la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire (AGEC) du 10 février 2020),  définit les obligations des metteurs sur le marché de produits et matériaux de construction. Les fabricants et distributeurs de PMCB doivent ainsi transférer leur responsabilité de collecte et de traitement des PMCB à l’éco-organisme, en contrepartie du versement d’une éco-contribution qui permettra de financer ce service mais aussi plus globalement le réemploi, la recherche et le développement et l’innovation.  

Pour finir, à mon sens, le succès de cette nouvelle filière reposera en grande partie sur la motivation des metteurs sur le marché à réellement s’investir dans l’économie circulaire pour servir la cause du développement durable.

 

Vous avez été auditionnés le 6 octobre pour l’obtention de l’agrément dans le cadre de la REP bâtiment. Pouvez-vous nous en dire plus ? 

Nous avons effectivement été agréés officiellement par les pouvoirs publics le 16 octobre dernier (publication au Journal Officiel), pour gérer la collecte, le réemploi et le recyclage des matériaux non inertes des produits et matériaux de construction du bâtiment de catégorie 2 (plus connus sous le nom de « second œuvre » - déchets issus de bois, plâtre, plastiques, verre, laines minérales, bitume, textiles, ou encore menuiseries et huisseries).

Trois autres éco-organismes ont également été agréés par le ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires et le ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique : Valobat, Ecominéro et Ecomaison

À la suite de l’obtention de l’agrément, les étapes pour nous ont été les suivantes :  nous avons publié un barème d’éco-contribution sur 2 ans afin de donner de la visibilité aux acteurs du bâtiment quant au montant qui permettra la reprise gratuite et la seconde vie de ces déchets, puis nous avons lancé la campagne d’adhésion en ligne à destination des fabricants, distributeurs et importateurs de produits et matériaux de construction du bâtiment. Nous annonçons également un partenariat avec l’éco-organisme Ecominéro, agréé sur la catégorie 1 (déchets inertes) afin de proposer un service complet à nos utilisateurs.

 

Quelles sont les autres prochains grands défis pour Valdelia ?

Cette filière est complexe et notre enjeu sera de nous assurer que nous sommes en capacité d’accompagner les acteurs du bâtiment, de sorte que ces derniers y trouvent leur place et obtiennent auprès de nos équipes d’experts les réponses à toutes leurs questions. En effet, plus que nous, ce sont eux qui doivent être prêts pour cette nouvelle aventure, et c’est tout le sens de notre engagement qui commence aujourd’hui. Nous nous devons d’accompagner ces acteurs via des formations et de la pédagogie. C’est pourquoi Valdelia lance sur le mois de novembre une troisième tournée nationale ayant pour objectif de répondre concrètement aux questions des acteurs du bâtiment et détailler l’offre de services de l’éco-organisme, dans les villes de Nantes, Toulouse, Paris, Nancy et Lyon. Ainsi, nous pourrons relever les trois défis de la REP. Premièrement, la mise en place de dispositifs de collecte de proximité, deuxièmement, la mise en place de leur financement, et troisièmement, la modification profonde du modèle productif. 

Et parce que nous sommes spécialisés dans le service BtoB, nous souhaitons relever un autre enjeu de taille d’ici 2025 : être agréé pour gérer la filière REP des emballages professionnels. 

Entretien avec Arnaud Humbert-Droz, président exécutif de l'éco-organisme Valdelia. Propos recueillis par Amandine Martinet pour Construction21 


Article suivant : Evolutions et partis pris de l’UE en matière d’économie circulaire


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