La construction hors site face aux nouveaux enjeux du bâtiment !

La construction hors site a le vent en poupe. Portée par les exigences de la transition écologique et les conséquences de la crise sanitaire, ce mode de construction apparait comme un des leviers de la mutation du bâtiment. En préfabriquant des éléments en atelier, la construction répond à de nombreux enjeux d’actualité. Le point avec Pascal Chazal, dirigeant de Patch Conseil, spécialiste de la construction hors site. 

En quelques mots, qu’est-ce que la construction hors site et quels sont ses atouts ?

La construction hors site permet de fabriquer en atelier, des éléments du bâtiment à forte valeur ajoutée : des charpentes, des murs à ossature bois mais aussi des salles de bains, des chambres d’hôtels ou d’EHPAD. On peut préfabriquer jusqu’à 30, 40, voire 80 % d’un bâtiment « en dehors du chantier », avec à la clé, de très nombreux avantages : développement de la compétitivité des territoires, hausse de la productivité des entreprises et création d’emplois de proximité. On est vraiment en phase avec les grands objectifs du plan de relance.  

Comment la construction hors site permet-elle de répondre au déficit de main d’œuvre du bâtiment ?

La main d’œuvre qualifiée fait cruellement défaut, 80% des entreprises du bâtiment ont du mal à recruter et font appel à des travailleurs détachés. C’est un problème majeur pour la filière à tous les niveaux, de l’architecte au maître d’œuvre en passant par le plaquiste ou le menuisier. La construction hors site, comme toute industrie, ne s’appuie pas sur des expertises « métier » et permet de compenser le déficit de compétences. On peut fabriquer des salles de bain ou bien des chambres d’hôtel en atelier avec une main d’œuvre moins qualifiée mais encadrée et formée puisqu’on industrialise les process. En transférant des heures de production des chantiers vers les usines, on agit en faveur de l’emploi français.

 

En quoi la construction hors site est-elle une réponse aux enjeux environnementaux du plan de relance ?

Le manque de main d’œuvre génère de nombreux désordres … qualité, productivité, rentabilité… Les entreprises de la construction qui ont beaucoup réduit leurs investissements sont en retard sur la R&D.  La construction hors site peut être un bon levier pour elles. En préfabriquant en usine, le bâtiment limite son impact carbone par une meilleure gestion des matériaux mais aussi par une optimisation du transport. Il faut savoir que les matériaux nécessaires aux chantiers sont commandés en quantité bien supérieure aux besoins pour pallier aux problèmes de vol, de casse, de détérioration. En cas de préfabrication en atelier, seuls les produits nécessaires sont utilisés. En plus, le recyclage est plus facile à organiser, avec des bennes à déchet par catégorie et des partenariats pérennes avec des acteurs spécialisés qui exploitent ainsi davantage de volumes sur un même site. 

Au-delà de l’économie circulaire, vous parliez également d’une limitation du transport ?

La construction hors site va permettre de diviser par 5 l’émission de CO2 liée aux transports. Les chantiers, pour la plupart du temps situés dans les centres urbains, génèrent de nombreux déplacements de main d’œuvre et de matériaux. Les ouvriers habitent en moyenne à 80 km des chantiers. Ils utilisent des camionnettes pour rejoindre leurs lieux de travail pendant de nombreux mois.  Vous imaginez le nombre de kilomètres parcourus par tous les acteurs pour se rendre sur un chantier ? Pour la construction hors site, comme dans l’industrie en général, les ouvriers habitent en moyenne à 10 km de leur usine, ce qui réduit considérablement l’empreinte carbone du chantier. Au-delà, c’est aussi bénéfique côté nuisances des riverains puisque la durée des chantiers est en moyenne divisée par deux.

 

Quelles sont les conditions de la réussite de la construction hors site ?

Cette réussite passe par des changements majeurs pour les acteurs de l’immobilier et de la construction. Il faut que la filière tout entière se réinvente. Dans la RE 2020, on pousse vers la construction bois sans comprendre qu’il s’agit en fait de construction hors site.… Il s’agit de concevoir et de s’organiser différemment en arrêtant de concevoir systématiquement du sur mesure et en remplaçant le béton par du bois. Pour que la construction hors site fonctionne et réponde aux enjeux de rentabilité, le process doit être intégré dans sa globalité. C’est un mode de pensée tourné vers la préfabrication et non plus vers le chantier !

 

Comment déployer plus largement la construction hors site ? 

Le déploiement plus large de la construction hors site passera par un rapprochement entre l’industrie et le bâtiment. C’est ce que j’ai fait, il y a 12 ans en reprenant une usine SEB avec l’ensemble de son personnel alors que je dirigeais l’entreprise OSSABOIS et que je voulais industrialiser ma production. 
Aujourd’hui l’écosystème du bâtiment et celui de l’industrie ont bien perçu leur intérêt mutuel à créer des passerelles. Stimulés par la crise sanitaire, des projets émergent. A l’image du groupe Eiffage qui a mené de nombreux chantiers avec de la construction hors site pendant le confinement. 
L’Angleterre a compris depuis longtemps l’intérêt du hors site. Les acteurs anglais prévoient de construire 75 000 logements hors site par an dans les années qui viennent et de créer 50 000 emplois. Alors qu’en France, nous venons tout juste de prendre conscience de l’intérêt du hors site.

En savoir plus sur la construction hors site

 

Actualité publiée sur Salon Bepositive
Consulter la source

 Interview
 hors-site
 industrialisation
 économie circulaire
 bâtiment

Autres actualités

Plus d'articles

Sur les mêmes thèmes

 Interview
 hors-site
 industrialisation
 économie circulaire
 bâtiment