[Dossier Formation] #3 - Etat des lieux de la formation aujourd’hui et nouvelles perspectives (innovations et numérique)

 

Depuis quelques années, la formation professionnelle connaît une mutation et une accélération dans sa transformation. Les nouvelles méthodes pédagogiques, les outils numériques et les réformes réglementaires instaurent de nouveaux enjeux tant pour l’individu que pour l’entreprise. A cela s’ajoute la complexité du secteur du bâtiment, terrain d’étude intéressant à plusieurs titres de par la diversité des métiers, des populations, et des situations de travail et de la prééminence de connaissances et compétences pratiques liées à la réalisation des travaux etc. 

 

La formation : pourquoi est-ce un enjeu important ? 

 

La réussite des transitions énergétique, bas carbone et numérique dans le bâtiment est un véritable défi lié à la qualification des acteurs. Les évolutions technologiques, les innovations et le développement du numérique font que les dispositifs de formation classiques ne suffisent plus pour transmettre en temps réel aux professionnels ce flux constant de changements et de compétences à acquérir.

Cette problématique touche un certain nombre de professionnels puisqu’on estime à près de 430 000 les besoins annuels en formation continue et initiale pour les différentes professions du bâtiment durable (1) (dont 60 000 personnes par an sont de nouveaux entrants dans le secteur du bâtiment – jeunes issus de l’Education Nationale ou des CFA du BTP). 

Pour les entreprises, la formation est également un point important car représente un investissement dans le capital humain et un facteur d’engagement qui doit leur permettre notamment d’être compétitives en renforçant la productivité. 

« Un niveau moyen de compétence élevé et des investissements en R&D stimulent la croissance de la productivité par leurs effets combinés sur l’innovation. (…) Une heure de formation continue supplémentaire par salarié entraîne une progression de 0,5 à 0,7 point de pourcentage de la croissance de la productivité du travail. C’est une source de compétitivité. » (2)

La productivité, le secteur de la construction doit d’ailleurs progresser sur ce sujet. Encore qualifié de secteur « vieillissant » ou « traditionnel », il peine à se renouveler pour faire face à une montée grandissante de nouveaux acteurs, dont l’innovation en constitue le cœur de métier.

Par exemple, les neurosciences, l’intelligence artificielle, la réalité virtuelle et les outils numériques nous ont propulsés dans une nouvelle ère d’apprentissage. Or, l’enseignement et la formation n’ont que peu évolué depuis un siècle. La formation aux outils de demain devient donc un objectif majeur pour les professionnels qui doivent être en capacités de maîtriser ces nouveaux outils. En effet, les compétences requises sont amenées à évoluer de manière significative : 85% des emplois de 2030 n'existent pas encore aujourd'hui par exemple. (3)

La formation sera-t-elle une des clés de voûte pour accélérer, massifier, industrialiser et décarboner la rénovation énergétique ? En effet, si les objectifs de rénovation à haute performance énergétique et environnementale doivent être atteints, ils nécessiteront un nombre d’acteurs encore plus important et plus qualifiés sur le terrain.

 

Quelle place pour les outils numériques dans la formation d’aujourd’hui et de demain ?

Faut-il penser à une refonte des systèmes d’apprentissage afin de sortir d’une réflexion des métiers en silos, en les envisageant davantage dans une forme de complémentarité et d’attractivité ? Dans ce contexte de réflexion, il est important de mieux connaître et d’analyser l’utilisation et la perception des outils de formation (notamment ceux numériques) d’aujourd’hui et de demain pour, par la suite, aider les entreprises et les professionnels de la formation à développer de nouvelles modalités d’apprentissage.

Ainsi, formateurs et apprenants s’accordent à dire que les outils numériques ont (et doivent avoir) une grande place dans les formations proposées.

Nous basons notre étude sur les résultats de 2 enquêtes réalisées dans le cadre d’actions d’intérêt général par Cercle Promodul / INEF4 (Groupe de Travail « Systèmes et outils innovants de montée en compétence : les supports de formation d’aujourd’hui et de demain »).

Ces enquêtes avaient pour objectif d’identifier les méthodes pédagogiques et outils numériques de demain par rapport aux usages d’aujourd’hui.


Retrouvez l’ensemble des résultats, aussi bien en formation continue qu’initiale : 
- Les formateurs
- Les apprenants

Ces études s’inscrivent dans un projet global d’analyse de l’adaptation de la filière du bâtiment aux évolutions technologiques pour ensuite proposer des solutions innovantes (supports, outils, méthodes) permettant l’acquisition des connaissances et la montée en compétences des acteurs du bâtiment tant en présentiel qu’à distance.

On note donc que les 3/4 des formateurs interrogés (formation continue et initiale confondue) utilisent des outils numériques aujourd’hui dans leur formation, principalement pour diversifier leurs méthodes d’apprentissage (la facilitation de la compréhension des contenus ainsi que le maintien de l’attention et l’accélération de la montée en compétence sont ensuite cités). Les apprenants, de leur côté, sont plus de 90% à apprécier l’usage des outils, avec près d’un apprenant sur 2 satisfait de l’utilisation qu’il en est fait. 

Le numérique et la digitalisation ouvrent de nouvelles perspectives comme la diversification de l’offre et des formats. On remarque en effet que la formation par les outils numériques soutient l’accessibilité, la fluidité et la personnalisation des parcours de formation tout en minimisant les contraintes géographiques et temporelles.

L’enquête CERCLE PROMODUL/INEF4 interrogeait également les formateurs sur les freins à l’utilisation des outils numériques : quels sont-ils ? Les freins les plus souvent énoncés par les formateurs (de formation continue) sont « le temps de préparation à consacrer » suivi de près par la « complexité de mise en œuvre » puis du « coût » et enfin de la « mauvaise adaptation des outils numériques à la typologie des formations délivrées ».

Enfin, on note que l’utilisation du virtuel doit s’effectuer avec précaution : ce dernier doit se poser comme un complément de la pratique réelle afin que la formation soit la plus complète possible. Ainsi, près d’1/3 d’apprenants de formation continue et initiale s’accordent à dire que les formations se doivent d’être plus interactives, avec notamment le développement d’une formation par le geste (via davantage de mise en situations pratiques, situations immersives). 

 

La formation par le geste pour être au plus près du métier

La formation par le geste en situation immersive (simulateur métier, réalité virtuelle etc.) est de plus en plus demandée, notamment pour les formations qui se tiennent en présentiel : les apprenants en formation initiale aimeraient que cela soit un axe d’amélioration dans les formations suivies aujourd’hui.

Il s’agit, entre autres, d’engager les apprenants dans des simulations métier inspirées de situations professionnelles réelles, dans lesquelles ils pourront acquérir des réflexes opérationnels directement transposables sur le terrain. Des technologies numériques qui jusqu’ici étaient réservées aux secteurs de pointe comme l’aéronautique et le spatial, se démocratisent désormais à la filière bâtiment.

La technologie 3D de ces solutions permet ainsi de créer, dans un seul espace, des bâtiments présentant différentes pathologies : élèves et stagiaires s’entraînent à une multitude de situations qu’il serait complexe de rencontrer dans un contexte plus classique de formation. Des solutions pédagogiques, tel que BATISCAF par exemple, visent à accompagner les professionnels du bâtiment dans leur montée en compétences pour la rénovation énergétique. A ce sujet, la moitié des formateurs interrogés dans notre enquête, estiment que les simulateurs 3D seront l’outil numérique à privilégier pour la formation de demain.

 

Quels sont les objectifs à tenir pour le domaine de la formation ?  

L'accélération de la rénovation des bâtiments existants à un niveau de performance élevé est urgente, mais ce gisement est complexe à capturer. Depuis plusieurs années, on constate des difficultés pour atteindre les objectifs de massification de la rénovation et pour répondre aux enjeux de la décarbonation de l’usage de l’habitat. Les pratiques actuelles et traditionnelles fragmentées, silotées, ont souvent été causes d’échec de toutes les actions de massification et d'industrialisation envisagées. 

Cette réflexion de mise en œuvre de solutions maîtrisées, efficientes et efficaces, permettant la massification de la rénovation, nécessite alors des évolutions fortes (et innovantes !) dans les pratiques, notamment : un développement de nouvelles filières, l’accompagnement des artisans (premières sources d’influence et d’information des ménages) aux évolutions techniques associées à de nouveaux concepts, matériaux et/ou technologiques, un investissement dans les compétences, la digitalisation de la formation, … 

La formation devra alors faire office de levier décisif ! Avec d'un côté, des enjeux de continuité dans la formation des acteurs en place, via l’usage de solutions nouvelles et innovantes ; et de l’autre, de répondre aux attentes de formation des futurs professionnels qui pourront se porter comme les nouvelles voix de l’innovation. 

Innover ne suppose donc pas uniquement le développement de nouvelles solutions technologiques/numériques. Il s'agit également de penser et de développer de nouvelles manières de transmettre les connaissances et de favoriser cette montée en compétence multi-métiers. En effet, malgré le gisement d’innovation que peuvent apporter les nombreux outils numériques au monde de la formation professionnelle, le recours à ces techniques n’est une garantie ni de créativité, ni de valeur ajoutée pédagogiques. 

Le domaine de la formation n’est donc pas épargné et devra se montrer innovant pour sans cesse se renouveler et s’adapter à l’évolution du marché et permettre d’atteindre les objectifs fixés au secteur du bâtiment (outils numériques innovants, technologies, méthodes et formats d’apprentissage etc.). 

 

Notes : 

(1) Pour atteindre les objectifs du Plan Bâtiment Grenelle en 2020 (Plan Bâtiment Grenelle, Comité de filière « Métiers du Bâtiment », publié le 20 décembre 2009).

(2) Groupe de travail Terra Nova présidé par Mathilde LEMOINE, « Entrer et rester dans l’emploi. Un levier de compétitivité, un enjeu citoyen », Juin 2014 ». Cité dans le Livre vert de la Fédération de la Formation Professionnelle, page 6.

(3)  Rapport de l'Institut pour le futur (centre de recherche de l'université d'Oxford) et Dell, juillet 2017

 

Sources : 

Formation dans le bâtiment : quels enjeux et évolutions ?
[Résultats enquête] Les outils numériques dans la formation : point de vue des apprenants
[Résultats enquête] Les outils numériques dans la formation : point de vue des formateurs
Le numérique : un élément disruptif de la formation dans le bâtiment
PME et Innovation : les perspectives pour le secteur de la construction
L’infini potentiel des technologies immersives pour le bâtiment

 

Un article signé Cercle Promodul / INEF4

 



Article suivant : #4 - Les jeunes apprentis, vecteur de transition dans le BTP 

 

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  • Dernière modification de l'auteur le 26/01/2021 - 17:25

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