[Dossier Formation] #4 - Les jeunes apprentis, vecteur de transition dans le BTP

 

La majeure partie des TPE et PME du BTP ont peu le temps de se former aux nouveaux enjeux et usages de la construction. Or, elles constituent 98% du tissu des entreprises du secteur. Il est donc indispensable de faire évoluer leurs pratiques pour mener à bien la transition écologique. Pour Franck le Nuellec, directeur marketing, développement et innovation stratégique du CCCA-BTP, l’organisme en charge de l’apprentissage et de l’alternance pour le BTP, la solution réside dans la formation des jeunes, notamment à travers l’apprentissage. Préoccupations que l’on observe d’ailleurs aussi dans le domaine de la formation aux métiers de l’immobilier.

 

Est-ce que vous pouvez nous faire un état des lieux de l'offre de formation en France ?

Franck le Nuellec : L’apprentissage dans la construction, c’est plus de 100 diplômes, du CAP au diplôme d’ingénieur et des titres professionnels. En 2019, 491 000 apprentis tous secteurs confondus ont été formés en France. Le secteur de la construction comptabilise à lui seul près de 85 000 apprentis et 66 000 élèves formés. Parmi les régions les plus formatrices, nous retrouvons Auvergne-Rhônes-Alpes, Île-de-France et Hauts-de-France. Pour l'apprentissage du BTP, la rentrée 2020-2021, contrairement aux craintes exprimées par les organismes de formation en juillet, est excellente au regard du contexte. En effet, les effectifs apprentis, sur l’ensemble des 380 organismes de formations du BTP couverts par le CCCA-BTP, s’apprécient de 7% par rapport à l’an dernier.

Depuis 3 ans, nous notons une grande augmentation du nombre d’apprentis et plus particulièrement sur les formations du supérieur. A titre d’illustration nos amis du Groupe ESPI comptent plus de 80% de leurs étudiants en apprentissage depuis septembre 2020. Cela traduit un engagement des jeunes, qui veulent devenir acteurs de leur projet professionnel. Cette augmentation est de 5 à 10% pour l’infra-bac et de 12 à 15% pour le post-bac. Auparavant, il y avait une différence de valorisation entre l’apprentissage, plutôt réservé au niveau bac et l’alternance, plus cotée, qui concernait les études supérieures. Mais aujourd’hui, nous observons une convergence des deux, qui sont également valorisés. C’est pourquoi la croissance du nombre d’apprentis en post bac est plus importante qu’en infra bac : les organismes de formation en apprentissage rattrapent leur retard sur le supérieur. Et cela répond aussi à des besoins exprimés par les entreprises elles-mêmes, dans le BTP comme l’immobilier.

 

A quoi doivent ressembler les formations du bâtiment de demain ?

Franck le Nuellec : La transition écologique conduit d’une part à une évolution du contenu de nombreux métiers existants et d’autre part à de nouvelles façons de travailler. Il y aura surtout un besoin en compétences transversales et ce quel que soit le secteur d’activité.
Tout l’enjeu est de s’adapter aux nouveaux usages de la construction en adoptant une approche globale du bâtiment et des métiers. Dans un secteur traditionnellement marqué par la segmentation des corps qui interviennent l’un après l’autre sur un chantier, la transversalité et le décloisonnement des métiers deviennent primordiaux.

Les formations doivent permettre : 

  • Une plus grande appropriation du digital : la technologie doit être au service de l’usage et des métiers, non pas de la technologie elle-même.
  • Une plus grande maîtrise de projet de la construction à la déconstruction.
  • Une plus grande transversalité : il faut décloisonner les corps d’état et augmenter la modularité des parcours. Et chaque module doit embarquer une sensibilisation à la transition.

Les formations ont déjà entamé cette transition. Aujourd’hui, plus de 16 837 apprentis sur l’année scolaire 2018/2019 ont suivi l’une des 99 formations en lien avec la transition énergétique dans les organismes de formations du BTP.  Le CCCA-BTP est signataire de la convention FEEBAT 2018-2021, dans le domaine de l’efficacité énergétique du bâtiment, qui porte la formation de l’ensemble des formateurs d’apprentis de France. L’objectif est d’accompagner les entreprises dans l’évolution des compétences liées à la transition énergétique dans le secteur du bâtiment. Les formations abordent de plus en plus les enjeux de la rénovation, de l’économie circulaire, de l’éco-conception, des matériaux biosourcés. Il faut continuer dans ce sens.

 

En quoi les jeunes, notamment les apprentis, peuvent-ils être vecteur de transition dans les entreprises du BTP ?

Franck le Nuellec : Je suis convaincu que les jeunes sont au cœur du changement dans les entreprises. Ces jeunes sont sensibilisés aux enjeux de la transition et sont en quête de sens dans leur travail.  Un sondage(1) effectué par le CCCA-BTP sur 40 000 apprentis a relevé que 70% d’entre eux souhaitent être acteurs de la transformation des entreprises. 

Mais c’est aussi une demande des chefs d’entreprises, qui attendent que les jeunes soient vecteurs de changement : 6 chefs d’entreprise sur 10 considèrent que c’est à l’organisme de formation de préparer aux métiers de demain. Il faut garder à l’esprit que 98% des entreprises du BTP sont des PME et TPE, avec peu d’employés. Ce tissu d’entreprise a besoin d’évoluer en profondeur, de mieux maîtriser la réglementation liée au bâtiment durable, mais n’a pas forcément le temps ni les moyens pour le faire. Les apprentis permettent d’apporter de nouvelles connaissances et compétences au sein de ces entreprises. Je vous donne un exemple concret : le BIM. Les artisans ne sont pas habitués à s’en servir. Or, si on veut accélérer la numérisation, comme l’Etat le souhaite, il faut désacraliser le BIM. Un apprenti qui a été habitué au BIM dès sa formation pourra s’en servir dans son métier et être un vecteur digitalisation des entreprises. Autre exemple : la place croissante de la Responsabilité Sociale et Environnementale dans les entreprises du BTP et de l’immobilier. Le rôle de la formation est vraiment essentiel : la transformation du secteur passera par celle-ci.

 

Les moyens mis en place en France pour la formation sont-ils à la hauteur des ambitions ?

Franck le Nuellec : Si nous voulons tenir les objectifs de France Relance, il faut rénover 600 000 bâtiments par an d’ici 2023. Cela demande donc deux fois plus de recrutement par an qu’aujourd’hui. Il n’y a pas nécessairement besoin d’ouvrir de nouveaux établissements, mais il faut en revanche leur permettre d’accueillir plus d’élèves et apprentis. C’est pourquoi il est important de poursuivre la valorisation de l’apprentissage et de faire de l’innovation un facteur d’attractivité pour les nouvelles générations en quête de sens.  
Avec la loi AvenirPro, le gouvernement a redessiné la gouvernance de la formation en France. La réforme de la formation a surtout modifié l’architecture du financement de la formation professionnelle passant ainsi d’un modèle de subvention à un modèle plus concurrentiel, favorisant la diversification des services pour mieux répondre aux attentes des entreprises notamment.
Le CCCA-BTP, depuis 2019, accorde des financements aux organismes de formations via des appels à projets et des appels à candidatures, pour soutenir les expérimentations et innovations, afin qu’ils puissent développer et anticiper les compétences de demain des métiers du BTP, et assurer leur déploiement.

 

Source : 

(1) Etude éditoriale CCCA-BTP / Le Moniteur menée en mars 2020 : L'apprentissage et les métiers de demain

 

Entretien avec Franck Le Nuellec Directeur Marketing, Développement et Innovation Stratégique du CCCA-BTP, propos receuillis par Manon Salé, Construction21 

 



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  • Franck Le Nuellec

    Directeur du marketing, du développement et de l'innovation


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